Les modes de jeu

Les modes de jeu

La flûte traversière telle que vous la connaissez est un instrument qui permet de jouer de la musique classique, avec un son « classique » . Mais notre instrument possède de multiples ressources sonores, que l’on peut retrouver dans les « modes de jeu » : d’autres sonorités, beaucoup moins « classiques » sont possibles … D’un son très « timbré » au simple « souffle », en passant par des sons « percussifs » ou des « doubles sons », la palette sonore est extrêmement variée.

💡 Saviez-vous que … le son « classique » de la flûte est soumis également à des phénomènes de mode ? On jouait auparavant avec souvent plus de vibrato, on ne joue pas de la même façon en France qu’en Angleterre etc.

Qu’est-ce qu’un « mode de jeu » ?

Un mode de jeu, c’est une manière différente d’utiliser son instrument pour en « sortir » de nouvelles couleurs sonores. Certains modes de jeu sont une extension de la technique de jeu traditionnelle et d’autres sont en rupture totale avec l’utilisation traditionnelle de la flûte.

1. Les modes de jeu qui viennent du jeu traditionnel :

  • le vibrato : c’est surtout le fait de contrôler le vibrato en variant volontairement sa vitesse et son intensité qui en fait un mode de jeu.
  • le flatterzunge : il s’agit d’un roulement de la langue ou de la gorge.
  • les harmoniques : c’est le fait de jouer une note différente du doigté indiqué. Nous vous en avons déjà parlé dans notre article « 4 exercices pour développer la sonorité » .
  • le bisbigliando : c’est un trille de couleur ; en utilisant des doigtés spéciaux, on fait varier la couleur du son sans pratiquement en faire varier la hauteur.
  • les micro-intervalles : ce sont des intervalles plus petits que le demi-ton, obtenus soit en modifiant la tenue de l’embouchure, soit en utilisant des doigtés spécifiques.
  • le glissando : c’est le fait d’aller d’une note à l’autre en passant par des intervalles extrêmement petits. Ce qui donne l’impression que la note glisse vers la suivante. On peut le faire en modifiant la tenue de l’embouchure, ou en utilisant des doigtés spécifiques.
  • les multiphoniques : il s’agit de jouer plusieurs notes en même temps, grâce à des doigtés spéciaux et avec une pression de l’air spécifique.
  • le son chanté : il s’agit de chanter et de produire un son en même temps.
  • le son éolien : c’est un son où on entend du souffle, mais pas de « timbre ».

2. Les modes de jeu en rupture avec le jeu traditionnel :

  • le whistle tone : c’est un son qui ressemble à un sifflement, il s’obtient grâce à une pression d’air très réduite.
  • le pizzicato : c’est l’attaque de la langue (Te) sans émission d’air. C’est donc un son percussif.
  • le tongue-ram : ce son s’obtient en recouvrant complètement l’embouchure avec les lèvres et en venant obturer le trou très rapidement avec la langue.
  • la percussion de clefs : c’est le son que produisent les clefs en se fermant.
  • le son de trompette : il s’agit d’utiliser le tube de la flûte comme un cuivre, donc en faisant vibrer les lèvres.

💡Dans « Flûtes au présent », Pierre-Yves Artaud donne des conseils mais aussi, tous les doigtés qui permettent de jouer les modes de jeu pour les quatre flûtes (piccolo, flûte en ut, flûte alto et flûte basse). Notamment les multiphoniques et les micro-intervalles.

D’où viennent les modes de jeu ?

Les musiques traditionnelles :

La flûte est un des plus vieux instruments au monde. Les sons éoliens, ceux qui mélangent souffle et son, le chant qui se mêle aux son etc. sont utilisés sans doute depuis très longtemps. Mais ces modes de jeu étaient réservés à la musique traditionnelle jusqu’il n’y a pas si longtemps …

Voici un exemple de flûte peule. Cette flûte traditionnelle guinéenne jouée à l’origine par les bergers peuls est actuellement jouée par les « Nyamakala » (artistes-musiciens) . Ici les « balayages harmoniques » et les sons chantés/joués sont énormément utilisés :

Dans cet autre exemple, Rakesh Chaurasia joue du bansuri, la flûte traditionnelle indienne. Vous pouvez y entendre les glissandi d’embouchure et de doigtés (c’est-à-dire en ouvrant ou en obturant très progressivement les trous).

Dans la musique « classique » :

Jusqu’au premier tiers du 20ème siècle, la musique dite « classique », n’utilisait pas les « modes de jeu ». Edgar Varèse et André Jolivet ouvrent la voie pour un nouveau mode de jeu à la flûte avec les oeuvres « Densité 21.5 » et « Cinq incantations », composées toutes deux en 1936.

« Densité 21.5 » d’Edgar Varèse est un cri où le son de la flûte est projeté avec violence du suraigu à l’extrême grave. Le titre fait référence à la densité de la platine, dont était fait la flûte de Georges Barrère qui passa commande de la pièce. On se trouve souvent à la limite de la saturation ou de la rupture du son ! A la limite du mode de jeu, à la limite entre son et bruit …

André Jolivet compose « Cinq incantations » à la suite d’un voyage en Afrique du Nord. Il fut émerveillé par la sonorité du Ney (flûte du Moyen-Orient). Avec cette pièce, c’est toute la palette sonore de la flûte qui s’élargit !

Dans tous les styles :

Dès le premier tiers du 20e siècle, de nombreux compositeurs vont s’engouffrer dans cette nouvelle voie et explorer ces nouvelles possibilités sonores offertes à la flûte. Dans le monde des musiques actuelles comme le jazz, le rock, la fusion etc. l’exploration sonore de la flûte traversière est plus que jamais d’actualité ! Avec par exemple le flûtiste Magic Malik, qui utilise beaucoup les sons chantés/joués et la percussion des attaques (le pizzicato)

Connaissez-vous la flûte « beatbox » qui exploite à l’extrême les modes de jeu percussifs de la flûte ?

Quels sont les intérêts artistiques et … pédagogiques des modes de jeu ?

En élargissant considérablement la palette sonore de la flûte, les modes de jeu permettent aux compositeurs et aux interprètes d’explorer différemment et parfois plus intensément leur musicalité.

D’un point de vue technique, les modes de jeu sont un moyen extrêmement efficace de développer la sonorité. En effet, la plupart d’entre eux demandent souplesse et contrôle de l’embouchure, travaillent la maîtrise de la respiration et du souffle, et développent la précision et la délicatesse digitale dans certains enchaînements de doigtés.

Personnellement (c’est moi, Amélie 😜 ) j’ai toujours beaucoup aimé travailler les modes de jeu. Enfant, je les découvrais par moi-même, sans attendre que mon professeur m’en parle, en testant un tas de sons avec ma flûte. J’adorais, par exemple, jouer et chanter en même temps ! Et lorsque j’ai commencé à travailler mes premières pièces contemporaines, j’ai immédiatement été conquise par la part de poésie que pouvaient apporter les modes de jeu ! Allez une petite dernière pour la route : « Cinq voyelles pour quatre flûtes » de Sophie Lacaze.

Dans les prochains articles sur le sujet, nous explorerons un à un les différents modes de jeu, en vous montrant comment les jouer et comment les travailler.

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