Quatre cahiers incontournables pour travailler sa technique

Quatre cahiers incontournables pour travailler sa technique

Dans cet article, nous vous présentons quatre cahiers de technique qui nous semblent indispensables à votre progression. Ils ont été écrits par de grands pédagogues et ils continuent d’inspirer les professeurs du monde entier ! D’ailleurs, si les pédagogues d’aujourd’hui proposent de nouvelles méthodes, « actualisées », ils reprennent en fait de nombreux exercices issus de ces « quatre incontournables ». Cela fera l’objet d’un prochain article :-).

Bien sûr, vous ne pourrez pas aborder ces quatre cahiers en même temps : le descriptif ci-dessous vous aidera, nous l’espérons, à en choisir un premier, que vous pourrez compléter plus tard avec d’autres, selon vos envies et vos besoins.

1. « Dix-sept grands exercices journaliers de mécanisme » de Taffanel et Gaubert

Paul Taffanel était un flûtiste de la deuxième moitié du 19ème siècle. Considéré comme le fondateur de l’Ecole française de la flûte, il fut professeur au Conservatoire National Supérieur de Paris mais aussi … soliste international, compositeur , organisateur de concerts, chef d’orchestre, etc. Parmi ses élèves, on retrouve Philippe Gaubert, qui lui succéda dans bien des domaines et qui acheva les « 17 Grands exercices journaliers de mécanisme », après la mort de son maître. Ces exercices ont été utilisés par des générations de virtuoses et de pédagogues, qui les ont eux-mêmes transmis à leurs propres élèves. Traduit en cinq langues, l’ouvrage est tellement intéressant qu’il a été adapté pour le saxophone ! Ce cahier de technique reste de nos jours la méthode de flûte la plus connue au monde.

Construction de l’ouvrage :

Les trois premiers exercices journaliers préparent au fameux EJ 4 (« exercice journalier n° 4 », si vous voulez briller en société) qui développe les gammes dans les vingt-quatre tonalités majeures et mineures (avec trois modes mineurs : harmonique, mélodique, antique). EJ5 aborde les gammes chromatiques. Les exercices suivants s’attaquent aux intervalles : tierces, quartes, sixtes. EJ7 est célèbre également car il travaille des enchaînements de doigtés particulièrement difficiles à la flûte. Ensuite viennent les arpèges, à l’envers, à l’endroit, sur un pied (hum petite blague) dans différents enchaînements possibles et dans toutes les tonalités. Le dernier exercice travaille les trilles.

C’est donc un ouvrage très complet ! Les exercices pour acquérir une « technique de base » se diversifient au fil des pages et doivent toujours être joués avec un son « musical ». Le travail de gammes (EJ4) doit être journalier :-).

2. « L’Art de la sonorité » de Moyse

Marcel Moyse fût élève de Paul Taffanel puis de Philippe Gaubert. Il enseigna lui aussi au Conservatoire National Supérieur de Paris de 1932 à 1949. Il y formera l’élite des flûtistes français et étrangers (Roger Bourdin, James Galway, Aurèle Nicolet, …). A partir de 1949, il continue sa carrière de concertiste et de pédagogue aux États-Unis.

L’ « Art de la sonorité » est un cahier qui a pour but d’aider le flûtiste à acquérir « une jolie sonorité », par le biais d’exercices méthodiques. Cette méthode peut sembler un peu datée : si vous lisez les explications et les consignes avant chaque exercice, vous pourriez être décontenancé par certaines indications. Marcel Moyse parle de « pression des lèvres » 😱, d’attaque « langue sortie » … Mais il faut garder à l’esprit que ce cahier est d’une autre époque et que le vocabulaire employé pour décrire la position d’embouchure et la pression de l’air est un peu différent. Néanmoins, les exercices proposés restent efficaces et d’actualité. Plusieurs d’entre eux sont repris dans la « Technique d’embouchure » de Philippe Bernold.

Construction de l’ouvrage :

L’ouvrage est divisé en cinq parties. La première cherche à développer l’homogénéité du son, grâce aux sons filés (cf notre article « 4 exercices pour développer la sonorité »). La deuxième fait travailler la souplesse dans la tessiture grave. La troisième traite de l’attaque des sons. La quatrième aborde l’ « ampleur » des sons avec un travail de nuances. La dernière partie travaille sur le phrasé du son dans l’interprétation.

Si vous souhaitez améliorer votre sonorité, c’est certainement un cahier qui vous y aidera. Un peu d’imagination vous aidera à vous approprier cet ouvrage très méthodique !

3. « Gammes et Arpèges, 480 Exercices » de Moyse

Et voici un cahier de technique pure !
Comme son titre l’indique, Marcel Moyse fait travailler en 480 exercices les gammes majeures et mineures ainsi que les arpèges de trois et quatre sons. Chacun est proposé sous dix formes différentes ! Autant vous dire que le travail est ici encore … « méthodique ».

Construction de l’ouvrage :


Marcel Moyse souhaitait que les gammes et arpèges soient travaillés en variant les tonalités de manière régulière. Pour ce faire, il propose un tableau où chaque ligne indique douze exercices de tonalité et de conception différentes. Les exercices 1 à 120 sont consacrés aux gammes majeures, de 121 à 240 ils concernent les arpèges majeurs, mineurs et diminués, de 241 à 360 ils abordent les gammes mineures, et de 361 à 480 on travaille les arpèges de septièmes. Et afin que toutes ces difficultés soient abordées en même temps, il nous propose un petit ordre de travail, aléatoire, qui va dans toutes les directions. Un supplice … heu …un régal …

Lorsque l’on a travaillé les « 480 exercices » plus grand-chose ne vous résiste😁. Cet ouvrage systématique fait aussi travailler la souplesse d’embouchure et aborde, lors de nombreux exercices, les tessitures extrêmes. Bon courage mais le travail en vaut la peine !

4. « Sept exercices journaliers » de Reichert

Mathieu André Reichert était un flûtiste de la deuxième moitié du 19ème siècle. D’origine Belge, il a étudié au Conservatoire Royal de Bruxelles. A vingt-neuf ans, il partit au Brésil pour jouer au palais de l’Empereur Pedro II. Il devint soliste et enseigna la flûte à Rio de Janeiro. Il y suscita un grand intérêt pour son instrument notamment parce qu’il se fit l’un des représentants du « système Boëhm » (système de clétage de notre flûte moderne) qui ouvrit de nouvelles possibilités techniques et musicales. Les « Sept exercices journaliers » proposent un travail technique très mélodique. Certains le trouvent moins rébarbatif que l’ouvrage de Taffanel et Gaubert ou ceux de Marcel Moyse.

Construction de l’ouvrage :

Le cahier de Reichert comporte sept exercices (un pour chaque jour de la semaine). Chaque exercice propose une « phrase » transposée dans les vingt-quatre tonalités. Construite tantôt avec un enchaînement d’arpèges, d’arpèges et de gammes, d’arpèges brisés, de gammes chromatiques, ces phrases se succèdent selon une « marche mélodique », qui suit l’ordre des dièzes et des bémols, avec plusieurs propositions d’articulations. Retroussez vos manches, vous avez quelques heures de travail devant vous😉.

Pour un travail technique d’un abord plus « musical », travaillez Reichert !

Pour aller encore plus loin …

Dans un prochain article, nous aborderons d’autres cahiers de technique, plus modernes. Les méthodes « actuelles » insistent sur la musicalité, qui était naturelle pour les « anciens ». Écrites par des flûtistes et pédagogues contemporains, ces ouvrages s’inspirent cependant de ces quatre incontournables qui ont fait leurs preuves depuis leur création. On y retrouve toutes les difficultés que l’on peut rencontrer dans les morceaux, et même des difficultés qui ne sont pas utilisées dans les morceaux, car une fois travaillées, ces dernières permettent d’aborder beaucoup plus aisément des pièces d’un abord difficile en première impression.

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